Pour cette dernière semaine de carême, voici un texte qui fait mémoire d’un moine inconnu de tous,décédé au Mont Athos ces derniers temps. La fin de vie de ce moine m’a particulièrement touché, surtout cet échange:
« Comment vas-tu? tu peux prier ? » Non, non, je ne peux plus prier » « Qu’est-ce que tu fais, alors ? » « JE SUIS LÀ ! »
Peut-être sommes nous ici au lieu que nous cherchons tous, par notre prière, nos pratiques liturgiques et spirituelles, par notre « ascèse »…Sans doute sommes-nous ici au sommet de la prière où les mots s’évanouissent dans ce grand abîme. Non seulement ils sont inutiles, mais ils font écran à la vraie réalité. Ces quelques mots témoignent du silence assourdissant d’une présence en plénitude, ils nous rendent le mystère « palpable ». Ils claquent comme un coup de tonnerre et sont pourtant d’une candeur infinie dans leur pureté toute simple.
Nous avons tellement de difficultés à accepter ce dépouillement, que nous allons bientôt le remplir de nos commentaires stériles (ce que je suis en train de faire). Or, une seule chose est dite « Je suis Là « .
Laissons résonner cette phrase en nous, en l’accompagnant d’autres comme celles-ci: « Adam, où es-tu ? » (Gn 3, 9), « Je suis Celui qui suis » Ex 3,14).
Nous qui sommes si souvent perdus dans nos pensées, nos égarements, nos doutes, notre verbiage, demandons au Seigneur d’approcher un jour cette simplicité lumineuse : être là. En attendant, gardant cet horizon dans nos cœurs, continuons de prier comme l’Eglise nous l’enseigne, car notre expérience en témoigne, nous sommes tous des débutants.
Bonne fin de Carême. Bien fraternellement.
p. Jean.
Le moine Silouane du Saint Monastère de Simonos Pétra s’est endormi dans le Seigneur le 3
octobre 2025. Le Hiéromoine Théotokis du même Saint Monastère évoque son souvenir.
